Il y a des défaites qui ont des places de choix dans les livres d'Histoire. Celle de Viktor Orbán dimanche dernier en est une, et il faut prendre le temps d'en mesurer la portée.
Depuis sa prise de pouvoir en 2010, le Premier ministre hongrois avait méthodiquement verrouillé les institutions, muselé les médias, et construit un système où les fonds publics européens finançaient l'enrichissement de ses proches. Son ami d'enfance Lőrinc Mészáros, chauffagiste à l'origine, est devenu milliardaire et l'homme le plus riche du pays. Seize ans de ce régime ont suffi pour faire de la Hongrie l'un des États les plus pauvres et corrompus de l'Union européenne, dont le PIB par habitant est désormais inférieur à celui de la Roumanie.
Voilà ce que fait l'extrême droite. Voilà la réalité d'un pouvoir qui prétend défendre le peuple tout en organisant sa dépossession. Ce bilan catastrophique a été sanctionné dans les urnes dimanche.
La défaite de Viktor Orbán est bien celle d'un "modèle" de société, pourtant revendiqué par Jordan Bardella et Marine Le Pen, qui ne se sont pas privés de soutenir celui qu'elle appelle son "ami". C'est aussi l'effondrement d'un système. Orbán était devenu l'un des principaux financeurs des intellectuels d'extrême droite en Europe. Il est soupçonné d'avoir détourné des fonds publics européens et hongrois pour alimenter le Mathias Corvinus Collegium ("MCC"), un institut privé d'enseignement supérieur tentaculaire censé former une nouvelle élite conservatrice en Europe. Le montant des transferts à cet institut avoisine les deux milliards d'euros. Un chiffre vertigineux. Donald Trump et Vladimir Poutine perdent, eux, leur cheval de Troie, missionné pour détruire l'Union européenne de l'intérieur. La démocratie aura été plus forte.
Voilà la réalité d'un pouvoir qui prétend défendre le peuple tout en organisant sa dépossession.
Certes, Péter Magyar, son successeur, est loin d'être un progressiste, et je ne nourris aucune illusion sur la nature de son projet. Pourtant, il s'est dressé contre la corruption et a promis de rétablir l'État de droit. Il s'est engagé à renouer avec l'Union européenne et à défaire la dépendance de la Hongrie au pétrole russe, par le développement des énergies renouvelables. Face à un système électoral verrouillé et des médias contrôlés par le pouvoir, son mouvement, né il y a moins de deux ans, a su rassembler toutes les forces du pays décidées à en finir avec Orbán. Un tiers de ses électeurs viennent de la gauche. C'est, quoi qu'on en pense, une prouesse historique.
Lors de ses premières prises de parole, le nouveau Premier ministre hongrois a promis de faire la lumière sur le système Orbán. Nous allons sans doute apprendre beaucoup de choses dans les mois qui viennent. La Hongrie devrait par ailleurs rejoindre le Parquet européen, qui se fera un plaisir d'aller enquêter sur l'utilisation des fonds publics en Hongrie.
Le défaite d'Orban est l'échec d'un modèle de société revendiqué par Marine le Pen et Jordan Bardella. C'est un échec pour l'extrême-droite en Europe et dans le monde.
Voir sur XAlors, oui, il ne faut pas bouder son plaisir. D'autant que ce n'est pas la seule bonne nouvelle du moment. Aux États-Unis, Donald Trump voit son socle électoral s'éroder et les Républicains ont essuyé de lourdes défaites ces derniers mois lors de scrutins locaux. Si la tendance se confirme, les élections de mi-mandat de novembre pourraient priver Trump d'une grande partie de son pouvoir. En Italie, Giorgia Meloni a elle aussi subi un échec important quand le "non" l'a emporté en mars dernier lors d'un référendum qui visait à soumettre le système judiciaire italien au pouvoir politique. En France, les résultats du Rassemblement national aux municipales ont été mitigés, et CNews ainsi que Pascal Praud, vitrines médiatiques de l'extrême droite, voient leurs audiences reculer.
Assistons-nous au début d'un reflux des extrêmes droites ? Les citoyens commencent-ils à percevoir qu'elles ne régleront en rien leurs problèmes ? Il est trop tôt pour conclure, mais ce moment nous autorise au moins une certitude : rien n'est écrit d'avance et il ne faut jamais perdre espoir.
Quoi qu'il en soit, un effondrement de la supercherie populiste ne pourrait se suffire à lui-même. Reste aux progressistes de tous poils d'être en mesure de proposer une alternative crédible et mobilisatrice. C'est le chantier auquel nous nous attelons au Parti socialiste. Depuis un an, je coordonne l'écriture d'un projet pour les futures élections présidentielles. À force d'auditions, de lectures et d'échanges avec les citoyens, j'ai produit un document de près de deux cents pages que nous mettrons bientôt à la disposition des militants et des citoyens. Son objectif est simple et clair : tracer un chemin crédible qui permette à toutes et tous de vivre libres et heureux. Bien sûr, il sera discuté, enrichi, amendé. J'ai hâte de vous le présenter.