« C'est une bande de personnes malfaisantes » : voici comment Donald Trump a parlé des juges de la Cour pénale internationale à la tribune des Nations unies cette semaine. Juste avant, il a appelé tous les pays qui en sont membres à quitter « immédiatement » cette « institution voyou ».
J'ai écouté ce discours en entier. 40 minutes pendant lesquelles le président américain a vanté l'« immense puissance militaire » de son pays, « le plus sexy du monde ». Un discours dégoûtant et indigne, d'un bout à l'autre.
Il se trouve que justement, le lendemain matin, j'étais assise à côté de l'une de ces « personnes malfaisantes ».
Elle s'appelle Reine Alapini-Gansou. Elle est béninoise, juge à la Cour pénale internationale depuis 2018, dont elle est devenue l'une des vice-présidentes. Avant cela, elle a été avocate et défenseure des droits humains. Elle a sillonné l'Afrique, dans plus de quarante pays, pour protéger celles et ceux qui les défendent.
Ce matin-là, dans la prestigieuse salle Lamartine de l'Assemblée nationale où nous l'avions invitée à s'exprimer, elle nous a raconté, avec un brin de poésie dans les mots, cette vie consacrée au droit et à la justice.
Elle a aussi parlé d'un « test de maturité » face aux sanctions américaines pour la CPI qui fête son quart de siècle. Elle a dit que « ce qui nous arrive n'arrive qu'aux gens qui sont épris de justice ». Elle a cité Victor Hugo : « Le droit et la loi, telles sont les deux forces. De leur accord naît l'ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes ». Puis elle s'est tournée vers nous, responsables politiques : « Aidez-nous à construire, avec vous, le monde dont nous rêvons : un monde où justice, vérité et paix se rencontrent et s'embrassent ».
À la fin de son discours, la salle, pleine, s'est levée pour applaudir.
Deux visions du monde, deux visions de l'humanité. La vulgarité d'un côté, la dignité de l'autre.
Le contraste avec le discours de Donald Trump la veille était saisissant. Deux visions du monde, deux visions de l'humanité. La vulgarité d'un côté, la dignité de l'autre.
Et pourtant, c'est bien elle, Reine Alapini-Gansou, que Washington a inscrite sur sa liste de sanctions au même titre que les dirigeants d'Al-Qaïda ou que des grands narcotrafiquants sud-américains. Elle ne peut plus utiliser de carte bancaire, ne peut plus voyager librement. Elle a peur pour les siens.
Son discours n'a fait que renforcer ma détermination, ainsi que celle de ceux qui étaient présents dans la salle. Et je vous conseille de l'écouter.
Nous ferons tout pour défendre la Cour pénale internationale et ce qu'elle représente face aux brutes et aux tyrans, qu'ils s'appellent Donald Trump, Benjamin Netanyahou ou Vladimir Poutine.
Et nous ne sommes pas seuls : j'ai pu voir au cours des dernières semaines à quel point la Cour pénale internationale était importante aux yeux de nombreux citoyens. 15 000 personnes ont signé notre appel à défendre les juges, pour que l'Union européenne active enfin le « règlement de blocage » qui permettrait de protéger la CPI contre l'effet des sanctions américaines. Autre nouvelle importante : mon groupe politique, le groupe socialiste, a validé ma proposition de nommer les juges de la CPI sanctionnés au prix Sakharov, la plus haute distinction du Parlement européen pour les droits humains. La mobilisation prend forme.
Avant de repartir vers La Haye, où la Cour a son siège, la vice-présidente de la CPI nous a laissé avec ceci : « L'histoire, tôt ou tard, nous demandera des comptes. À vous, à moi, aux États, aux individus ». Vous pouvez compter sur nous, Madame.